Albert Camus

Biographie (1913–1960)

Albert Camus, né le 7 novembre 1913 à Mondovi, en Algérie française, est l’un des écrivains et philosophes les plus influents du XXe siècle. Issu d’un milieu modeste — son père, ouvrier agricole, meurt à la guerre en 1914, et sa mère, analphabète, élève seule ses deux enfants — Camus grandit dans le quartier populaire de Belcourt, à Alger. Malgré des conditions difficiles, il excelle à l’école et obtient une bourse pour étudier au lycée, puis à l’université d’Alger, où il découvre la philosophie et la littérature. Atteint de tuberculose à 17 ans, cette maladie marquera sa vie et son œuvre, lui donnant une conscience aiguë de la fragilité de l’existence.

Dans les années 1930, Camus s’engage dans le théâtre, le journalisme et la politique, adhérant brièvement au Parti communiste algérien avant d’en être exclu pour désaccord idéologique. Il fonde ensuite le Théâtre du Travail et collabore à des journaux comme Alger républicain, où il dénonce les inégalités sociales et le colonialisme. En 1940, il s’installe en France métropolitaine et rejoint la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, travaillant pour le journal clandestin Combat.

Camus est souvent associé à l’existentialisme, bien qu’il ait toujours rejeté cette étiquette. Sa pensée, centrée sur l’absurde, la révolte et la recherche de sens dans un monde dénué de Dieu, trouve son expression dans des essais, des romans et des pièces de théâtre. En 1957, il reçoit le prix Nobel de littérature pour « son œuvre importante qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant, les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes ». Il meurt tragiquement dans un accident de voiture le 4 janvier 1960, à seulement 46 ans, laissant derrière lui une œuvre majeure et une réflexion humaniste toujours actuelle.

Ses oeuvres majeurs

« L’Étranger » (1942)

Considéré comme l’un des textes fondateurs de la littérature absurde, L’Étranger raconte l’histoire de Meursault, un homme indifférent et détaché, dont le meurtre absurde d’un Arabe sur une plage et le procès qui s’ensuit interrogent la société, la justice et le sens de l’existence. Ce roman, écrit dans un style dépouillé et froid, illustre la théorie de l’absurde : l’homme, confronté à un monde indifférent, doit créer ses propres valeurs.

« Le Mythe de Sisyphe » (1942)

Dans cet essai, Camus développe sa philosophie de l’absurde. Il y compare la condition humaine à celle de Sisyphe, condamné à pousser éternellement un rocher jusqu’au sommet d’une montagne pour le voir redescendre. Malgré l’absurdité de sa tâche, Sisyphe trouve un sens dans sa révolte et sa persévérance. Camus conclut : « Il faut imaginer Sisyphe heureux », soulignant que la lucidité face à l’absurde peut mener à une forme de liberté.

« La Peste » (1947)

À travers l’épidémie de peste qui frappe la ville d’Oran, Camus explore les thèmes de la solidarité, de la résistance au mal et de la condition humaine. Le docteur Rieux, personnage central, incarne l’héroïsme discret et la lutte contre l’injustice. Ce roman, souvent interprété comme une allégorie de la Résistance pendant l’Occupation, est une méditation sur le mal, la souffrance et la dignité humaine.

« La Chute » (1956)

La Chute est un monologue où Jean-Baptiste Clamence, un ancien avocat parisien, confesse ses hypocrisies et ses échecs moraux à un inconnu dans un bar d’Amsterdam. Ce texte, écrit dans un style ironique et mordant, interroge la culpabilité, la moralité et la chute de l’homme moderne. Camus y critique l’illusion de la vertu et la facilité avec laquelle on juge autrui.